Lundi 9 janvier 2006
J’ai juste un billet électronique, c’est à dire juste un numéro que je dois rappeler à chaque enregistrement. Plus de billets papiers...
Je n ‘ai q’un numéro pour les 3 vols et un numéro pour le transport au hôtels de Santiago puis de Pâques. Pas de papiers à perdre
Paris Madrid 2h on arrive à 22h30, il pleut…
La correspondance est rapide, même pas mis le nez dehors.
Madrid Santiago… 14h... l’avion est plein, pas une place libre.
Je suis a côté ‘d’un hollandais qui parle un peu de français (je rappelle que je ne connais strictement aucune autre langue que le français). Il voyage pour son travail et tous les avions Europe Chili sont réservés a 100%.
Mardi 10
Arrivée à Santiago pile à l’heure, passage rapide à la douane qui me fouille ma valise le système de rayons X a confondu mes chargeurs de batterie photo avec des systèmes inquiétants. Ca amuse le douanier de voir mes palmes.
Synchronisme parfait avec le système de taxi qui m’amène a l’hôtel.
Petit hôtel sympa, très couleur locale. Il y a dans le hall un français qui râle déçu de ne pas se trouver dans un hôtel de meilleur standing… il est avec sa femme et 3 jeunes gamins. Très Duquesnoy
Il me demande si je ne suis pas déçu. Je lui réponds que non. Il ne m’a plus rien dit et sa femme avait l’air de lui faire la gueule…
Il fait assez chaud ici, dans les 30°... ça fait un sacré changement….
Je pars en excursion dans la ville sous un soleil de plomb. Il y a un monde fou dans les rues. Un foule très diverses avec des marchands ambulants qui vendent des boissons calées dans la glace, des cireurs de chaussure et une foule de gens qui plastifient des documents… Ca a l’air de marcher la plastification.
Il y a des élections pour dimanche prochain et des distributions de tract un peu partout. Michelle Bachelet, une femme à l’air d’être très populaire, il y a des stands et distributions de tract presque partout, et ça a l’air très gai. Sont concurrent se fait rare et moins éclatant… Une femme président… ça doit faire rêver Ségolène…
J’ai trouvé un jeune étudiant qui le sert de guide et nous faisons un petit tour avec quelques commentaires. Il parle un peu, très peu le Français mais on se débrouille.
C’est un partisan passionné de Michelle Bachelet et le clame un peu partout.
Même dans la traversée du palais présidentiel (avec les beaux fics en bel uniforme très … allemands de la dernière guerre) ils crie « viva Bachelet ». Il connaît tous les gendarmes et contrôleurs (on passe au détecteur de métal pour entre dans le palais) par leur prénom.
Apres un petit tour a travers la ville ou je suis littéralement liquéfié, il m’amène dans un petit bistrot sympa (très peu cher) ou nous buvons de la bière en mangeant des sortes de galettes avec un tas de choses dedans (des olives, des œufs, de la viande et des machins intraduisibles) Je goûte a leur vin (ils insistent) mais c’est pas terrible, on dirait un piquette avec du sucre….
Un type chante en jouant de la guitare, des airs nostalgiques. L’ambiance est sympa et tout le monde à l’air de se connaître (même moi) Ca à l’air d’amuser de voir un français ici.
Nous sommes dans un quartier ou des panneaux indiquent qu’il est dangereux de se promener la nuit. Un peu le Pigalle de Santiago si je m’en tiens à la déco des bars. On voit l’intérieur car tout est ouvert pour faire le ménage, ça fait très « maison close »
Je crois que les décalages sont de 4h avec Santiago et 6h avec Pâques. Pas facile à calculer avant avec les horaires d’été et d’hiver quand ici c’est l ‘été et qu’à Paris c’est l’hiver…
Il y a bien Internet haut débit avec wi-fi même… Mais personne ici ne connaît le code pour se raccorder d’un micro externe. Le vieux PC n’a pas de prise USB et ce n’est pas facile de taper sur un clavier espagnol. J’envoie juste un texte court.
Je verrais la suite à Pâques (ou à la Trinité)
Mercredi 11
Petit déjeuner agréable et copieux. J’ai prévu d’emmener de l’eau, j’ai eu vraiment très chaud hier.
Je repars faire un tour dans Santiago ou je retrouve Claudio. Il m'emmène au cimetière par le métro. Chouette métro, ultra moderne et ultra propre. La station d'arrivée n'est pas finie en décoration, ça s'active sans doute pour une inauguration après les élections (dimanche)
Le cimetière est un joli parc avec des tombes sordides et d’autres énormes. Y’a même une tombe qui est une reproduction de la grande église de St Jaques de Santiago. La même échelle ¼.
Il y a la tombe de Allende et plein de révolutionnaires de l’époque. Les zones des cimetières sont curieuses, il y a le coin des enfants, des supporters de foot, des pauvres, des riches…. Même des entreprises regroupent leur mort dans un genre de mausolée.
Un grand mur avec des tas de noms, les noms relevés sur les listes de certains morts tués par la dictature de Pinochet (il a laissé des traces celui là). La liste comporte les noms de ceux qui ont été trouvés sur la liste de police et dont on n’a pas retrouvé les cadavres. Au fur et a mesure qu’on en trouvait, on les enterrait a coté du mur…Actuellement on efface tous les noms du mur sans doute pour une autre manière de mémoriser. Je n’ai pas pu savoir.
Toute la ville est "pavoisée" de pub électorale et ça défile un peu dans tous les sens
Les groupes se croisent et se font des bras d'honneur, des "doigts" mais en fin de compte ça reste correct.
Départ pour Paques a 18h05.
La policière se trompe sur mon passeport et me tamponne comme sortant du Chili (Paques est chilien) c'est une escale entre Santiago et Papeete.
Ca me vaut un retour en cavalcade de l'avion a la douane en repassant a l'envers les contrôle et les repassant a l'endroit après des palabres et des coups de tampon, je retourne a l'avion 10mn avant l'envol
Comme quoi mieux être en avance...
Arrivée a Paques a 9h30 encore 2h de décalage et donc 6h pour Reims.
La nuit tombe tout juste.
J’ai vu l’île en arrivant, curieux, tout est vallonné et vert pratiquement pas d’arbres. Pas de plage non plus un genre de petite falaise qui fait tout le tour
En fait il y a deux petites plages, une de sable blanc et une de sable rose.
On m’attend à l’aéroport et une charmante dame me passe un collier de fleur autour du cou (des vraies)
On m’amène à l’hôtel qui est en fait une série de 5 ou 6 bungalows très jolis.
J’ai une chambre seule mais j’ai 3 lits…
La dame de l’hôtel et sa fille ne parlent que l’espagnol…Mais on arrive à se comprendre et on m’emmène chez un Français, Jérôme qui fait des tours d’excursion.
On sympathise tout de suite. Il est là depuis 13 ans et s’est marié ici.
Il est rentré quelques années (3) en France mais la vie est mieux ici, il est revenu.
Il fait des tours de l’île individuels ou 3 au maximum
Je fais ça demain pour un aperçu.
Apres je pense me débrouiller en louant un vélo, une moto ou une auto selon l’idée que je me ferai de la difficulté et de mon courage.
Il semble très intéressé par le fait que je puisse lui faire un site web. En fait ça m’amuse aussi de faire ça.
On verra donc si on peut coopérer…
jeudi 12 janvier 2006
Le jour se lève à 7h
Donc de 7 a 21 h il fait jour …14h de jour
C’est comme à la Réunion. Aux Seychelles c’est de 6h a 18h...12h de jour
C’est l ‘été. Il fait bon, moins chaud qu’a Santiago.
Le Jérôme doit venir me chercher à 9h30 pour un tour de l’île jusqu'à 17h….
Je donnerai la légende avec les photos. Le tour se fait durant toute la journée, a deux, tranquilles sur les sites quasi déserts. On croise quelques petits cars de touristes qui font le tour à une vingtaine de touristes a la fois. C’est nouveau, ça n’existait pas il y a un an ou deux. Ce serait bête que la visite s’industrialise
Bien sûr ça revient moins cher par paquets mais quand on vient au bout du monde c’est dommage de pinailler sur ces détails.
Les gens de l’île sont très soucieux de garder leur spécificité et se sentent un peu à part du Chili.
Au fur et a mesure de cette visite j’ai l’impression que je commence a comprendre quelque chose sur l’origine de ces statues. Quelque chose d’évident me vient à l’esprit mais il faut que je construise mon hypothèse et que j’aille rechercher des détails avec plus de temps.
A partir de demain, je vais louer un 4x4 et refaire le parcours en fouinant un peu partout et sur d’autres sites moins … spectaculaires que nous avons laisse de côté.
Durant la journée, il a plus 3 ou 4 fois des pluies tropicale aussi fortes que brèves, qui surgissent sans qu’on ne s’y attende. Vu que la plupart des routes sont des pistes et qu’il n’y pratiquement aucun abri. La ballade en moto semble exclue.
Je ferai sans doute une journée de marche a pied et peut être même de chaval. Je suis très mauvais cavalier mais on m’a affirmé que les chevaux d’ici savent en tenir compte
Depuis une quarantaine d’années ils ont remis en place des fêtes qui existaient jadis pour commémorer des combats entre clans. Bien sûr ils ne vont pas comme avant, faire tomber face contre terre les moai de l’autre camp pour les briser.
La fête a lieu au moins de février et l’île se divise en deux camps avec chacun une reine qui vont s’affronter a des jeux sportifs et de la danse. Ils préparent ça avec coeur et ça prend beaucoup d’importance, de plus en plus chaque année.
La patronne de l’hôtel participe comme beaucoup d’habitants a un spectacle dansé et ce soir ils vont s’entraîner. Je vais voir ça donc
Ca dure depuis un mois cet entraînement répétition, ils sont tous bénévoles et veulent que ce soit bien
C’est chouette à voir et de voir le plaisir qu’ils y trouvent
L’autre camp s’entraîne dans un autre lieu
Tous les gens de l’île se connaissent et bien sûr, ça change les rapports entre voisins
vendredi 13 janvier 2006
Ce matin, j’ai récupéré le 4x4 et je vais faire le même tour qu’hier en m’attardant un peu plus sur chaque site, en particulier celui de la carrière qui m’intéresse particulièrement.
Je passe aussi dans un cyber café pour mettre toutes mes fiches en attente. Il faudra que je mette un minimum d’images, c’est en effet très long. Samedi soir je mange et reste un peu le soir chez Jérôme et peut être sera ce plus fluide.
Je me repère assez bien, c’est vrai que comme l’île est petite et avec un volcan a chaque angle du triangle qu’elle forme, ce n’est pas facile de se perdre. On voit la mer de presque partout et parfois même des 2 cotés à la fois.
A part une vingtaine de km de route goudronnée le reste c’est de la piste parfois ravinée par les pluies soudaines et torrentielles (mais chaudes).
Pas de plages, (juste 2 toutes petites) partout ces rochers noirs très rugueux et agressifs qui empêchent tout bateau d’accoster. Il y a juste un ou deux semblant de port accessible par des petites barques de pécheurs
Parfois des navires de croisière s’arrêtent sur l’île mais il faut descendre les passagers dans des petits canots, manœuvre qui ne peut se faire que par beau temps. Beaucoup de navires ont amené des passagers qui n’ont jamais pu descendre. On leur a fait faire le tour de l’île et ils sont repartis … presque une semaine d’océan sans rien d’autre à voir et pour rien…
Autre chose remarquable, il n’y a pas d’oiseaux de mer. Aucune mouette. Parfois dit on il y a une sorte de sterne, mais rare. Pas beaucoup d’oiseaux de terre non plus. J’ai vu des sortes de moineaux, une perdrix et des buses. Pas de lapins
Il y a des vaches a moitié libres et des chevaux, complètement libres eux. Ils ont même le droit de marcher sur les ahu et autres pierres historiques.
Chaque pascuan s’est vu octroyé par l ‘état 3 hectares de terre dont il fait ce qu’il veut, même rien. Personne d’étranger à l’île ne peut acheter de terre. Ca devrait préserver l’île des promoteurs et des installations de chaînes d’hôtel. Ca devrait… car ça pousse, il y a de la demande.
Quelques terres sont cultivées, d’autres servent de pâturage aux vaches et aux chevaux.
Pratiquement tout est importé de Papeete ou du Chili. Sur place des légumes, des fruits et du poisson. Ils ont des ananas comme je n’ai jamais trouvé ailleurs, délicieux. Le poisson aussi est assez exceptionnel. Ils pêchent beaucoup à la ligne à partir des falaises et au fusil harpon en plongée.
On m’a invité pour une pêche à la ligne. Normalement on n’est jamais bredouille
On verra
Les gens d’ici vivent presque principalement du tourisme et beaucoup d’artisans sculptent des minis moai en pierre ou en bois. Ca va du truc très joli à l’infâme bibelot de la mère à Dédé. J’ai même vu des poupées Barbie décorées avec des os et des arêtes.
Certains gravent de jolies plaquettes de bois avec la fameuse écriture indéchiffrée. Ceux qui gravent font ça par recopie, personne n’a pu encore déchiffrer cette écriture.
Il y a même une hypothèse qui affirme que ces tablettes n’existent que depuis l’arrivée des européens et qu’ils n’ont fait qu’essayer de recopier les pages écrites qu’ils avaient vu chez les marins
D’autres hypothèses s’appuient sur des similitudes entre des écritures chinoises antiques ou d’Asie Mineure. On découvrira peut être des relations un jour.
En fait il n’y a pas vraiment de certitudes sur le passé de cette île. Rien que des hypothèses qui un jour déboucheront j’espère sur l’Histoire de l’île.
On pense que les habitants viennent de Tahiti (c’est le plus près) mais ils ont un physique et une langue qui s’apparentent beaucoup au Maoris de Nouvelle Zélande…
Certaines hypothèses affirment une immigration issue d’Amérique du sud. Des légumes, des plantes issues de la bas se trouvent sur l’île et aussi un certain mur de ahu (site de Vinapu) qui ressemble très fort aux assemblages fantastiques des incas.
Il se peut d’ailleurs qu’il y ait un mélange de tout ça. Cette île EST isolée du reste du monde par des milliers de km d’océan et bien sur ça conduit à ce que la majorité des rencontres soient fortuites et ignorées du monde extérieur. Ceux qui échouaient sur l’île n’étaient pas près de retourner chez eux pour raconter qu’il existait une terre au milieu de l’océan. En plus y’avait même pas de trésor pour les rapaces d’or ou d’argent.
……………………
Samedi 14 janvier
Je fais quelques courses en particulier des boissons, vu la chaleur à certains endroits c’est indispensable.
Je retourne sur quelques sites pour reprendre d’autres photos et je finis à la plage, unique toujours mais presque déserte. Plage gardée par une rangée de moaï reconstitués pour certains, complètement, avec leur drôle de chapeau rouge en pierre ponce volcanique, ajusté sur le dessus de leur tête
Le soir au retour nom hôtesse (Vicky) me présente une nouvelle pensionnaire et un homme d’une quarantaine d’années. Donc, avec mon unique moyen de communication, le français, je me trouve en compagnie d’une Rapa-nui, d’une espagnole catalane et d’un italien. Heureusement, l’italien peut servir de traducteur, mais très sommaire quand même.
Je crois comprendre que vu les élections de demain, il va y avoir des problèmes d’appro, les boutiques seront fermées tôt ce soir. Comme en fait j’ai loué la voiture de la maison, un barbecue va être fait et il faut que j’emmène tout le monde faire des courses. Nous allons dans un magasin ou il y a de tout. Ambiance chaleureuse dans la boutique, c’est quand même agréable un pays ou tout le monde se connaît.
Nous préparons le repas tous ensemble et, malgré la barrière du langage nous arrivons a nous comprendre. La manière d’allumer un feu et de griller des aliments a l’air universel.
C’est assez copieux, puisqu’il y a de la salade de poisson cru, des steaks, des daurades grillées (ou un truc comme ça) et des cuisses de poulet, accompagnés de pomme de terres, de patates douces et de haricots verts.
Tout ça avec du vin chilien qui n’a rien a voir avec celui de Santiago et qui peut rivaliser avec nos meilleurs bordeaux.
Nous discutons et si je ne comprend pas toutes les paroles, je comprend au moins la musique, la musique de l’amitié.
L’italien « Prario » est à Rapa Nui depuis 1999. Il n’a plus envie de partir, plus envie de retourner d’ou il vient, à Venise. C’est un informaticien qui s’occupe de tout un tas de trucs et qui vit ici. Tous les gosses l’embrassent joyeusement dans la rue.
L’espagnole, Carmen, est une avocate qui travaille au Chili et en Espagne dans l’import export. Je ne connais pas trop les liens qu’ils ont tous ensembles, mais le courant passe entre tous et comme le dit Prario, c’est parce que nous sommes pareils…
Je ne saisis pas toutes les nuances de son « pareils » mais je me sens bien.
Le repas traîne en longueur car tout le monde est bavard. Sauf moi. Prario est exactement l’italien typique, genre Aldo qui n’arrête pas de parler avec les mains et qui amuse tout le monde
Nous finissons par une baignade dans la mer (c’est a 50 mètres) à minuit sous un fantastique clair de lune...
Cette sensation de flotter dans le noir, dans une eau tiède, face aux étoiles et à une lune presque aveuglante, avec en contre-jour un obscure moaÏ, c’est le départ d’un rêve qui va bien plus loin que celui de mes 10 ans…
dimanche 15 janvier 2006
Ce matin, je vais à la messe, voir comment ça se passe
Une foule très diverse dans une petite église toute simple. Les chants religieux sont à la mode tahitienne, très agréables à entendre. Je ne comprends pas grand chose aux différents prêches très véhéments mais les mots « fornication » reviennent très souvent…
Le curé a un collier de fleurs jaunes autour du cou et il y a des jeunes femmes dans les enfants de chœur ou servants de messe.
A un moment, tout le monde se donne la main, un genre de chaîne, pendant toute la durée d’un chant, ça se fait gentiment, avec le sourire.
Ensuite vers la fin, tout le monde se serre la main mutuellement et ce, jusqu'à la sortie. J’ai du serrer au moins une centaine de mains toujours avec un grand sourire et un regard bien en face. Même celle du curé.
Ca a quelque chose de … chaleureux et communicatif. La messe du dimanche est prise comme une fête, à la sortie il n’y a que sourires et rires, toujours avec cette musique et ces chants tahitiens... Il y a des gens dans toutes les tenues, de la plus stricte à la plus colorée.
Ca donnerait envie de se convertir….
C’est le jour des élections et il semble que le résultat soit très attendu bien qu’ici, à l’île de Paques, le résultat local ne changera pas grand chose et la politique des 2 rivaux n’est pas fondamentalement différente pour le statut de l’île...
Je reprends le soir…
Le résultat est connu, vous le savez sans doute aussi, c’est Michelle Bachelet. Ségolène va prendre ça pour un signe….
Je suis retourné aujourd’hui sur le site genre Incas, à la carrière de moaï et au nombril du monde
C’est vraiment étrange cette ressemblance avec ce qu’on trouve à Cusco, de là à savoir dans quel sens ça s’est passé, des spécialistes se battent sur ce sujet. Surtout qu’en plus on trouve sur le même site une statue droite qui rappelle celles de Bolivie a Tianhuanaco. Il semblerait aussi que les blocs pascuans soient antérieurs a ceux de Cusco. Qui a donc a pris à qui ?
Il me semble qu’on trouve des statues de 2 origines. Certaines très bien dessinées, d’autres moins bien et surtout le choix de la pierre est très mal fait, des failles dans la roche parfois friable font que les statues se sont cassée parfois même au tout début du transport. C’est un peu comme si des gens qui ne savaient pas tout essayaient de reproduire ce qu’ils ont vu faire sans comprendre toutes les finesses
Ce qui est curieux aussi, c’est de voir qu’ils les finissent presque complètement avant le transport ce qui les fragilise au niveau du cou et qui leur fait perdre tout le travail quand elles se cassent. Vu le nombre de Moai épars et cassés sur le parcours de la carrière aux ahu, ça devait arriver souvent.
Peut être que le but du rite était justement ce transport après tout, un peu comme nous quand on trimballe une Ste vierge en procession. Ils devaient même les transporter debout et non a plat. Elles étaient mises debout à la sortie de la carrière, c’est celles qu’on voit a demi enterrées en attente de transport.
Il y en a encore a moitie accrochées à la montagne comme si l’extraction des moai avait cessé d’un seul coup. Il y en a un d’énormes presque finis qui aurait donné des problèmes à déménager…
J’irai au musée avant de partir, je préfère voir sans idées préconçues, et découvrir après ce que d’autres en pensent. Je sais aussi qu’il n’y a que des hypothèses et, comme au Pérou, aucune hypothèse n’est satisfaisante, chacune n’explique qu’une partie du mystère et encore…
Ce qui est étonnant aussi c’est que toutes les statues mises en place ont été renversées et renversées pour être cassées : elles sont tombées sur le nez et se cassent au niveau du cou.
Il semblerait que ce soient des luttes entre clan et chaque clan vainqueur tour a tour cassait les moai de l’autre mais une autre possibilité : déçus que leurs idoles ne les aient pas protégé mieux, ils les ont détruites par colère et chacun les siennes
Aller savoir, ils sont tous morts sans donner leur secret et on ne sait pas déchiffrer les écritures... l’explication n’est peut être même pas la non plus d’ailleurs
Une chose est certaine il y en a beaucoup et reparties un peut partout sur le pourtour de l’île.
La fameuse pierre ronde de Te Pito Kura
Dans la légende, elle fut transportée ici par le roi Hoti Matua. Une sorte de concentré d’énergie qui servait aussi de repère pour diviser l’île en deux parties. Elle n’est pas le nombril ou centre du monde, la tradition sous entend le monde sans limite (donc pas de centre) mais elle focalise le « mana » qui rayonne sur toute l’île.
Je ne suis pas particulièrement prenant de toutes ces énergies qui rayonnent, non pas que je les réfute ou les nie mais je trouve que les explications qu’on en donne n’en sont pas et que rien n’est jamais vraiment démontré sauf sans doute si on y croit fortement. Rien à démontrer dans ce cas.
Je me suis soumis au rite, poser les mains et le front sur cette pierre... Elle est brûlante dans la journée comme toutes les autres pierres autour d’ailleurs.
Les mains et le front absorbent cette chaleur à la limite du supportable.
J’ai essayé de me concentrer, de « voir » ou ressentir dans mon esprit ce que cette pierre dégageait
J’ai eu une sensation assez forte, un genre d’étourdissement puis la vision d’un tourbillon noir qui partait de mon front et s’enfonçait dans la pierre.
Sensation très bizarre, genre de vertige…Est ce la chaleur de la pierre ? Est ce une construction de mon esprit qui cherchait trop à percevoir ?
Je ne sais pas mais j’ai ressenti quelque chose de très fort dont je ne parlerai pas : je ne peux rien en dire, pas de mots, pas de description possible.
Un grand calme en tous cas, un genre d’apaisement mental.
Cette île a vraiment quelque chose de magique. Cette magie ne s’adresse qu’à ceux qui savent la voir. Résistera t elle aux promoteurs, ceux qui sentent qu’il y aura du tourisme de masse possible si c’est aménagé en conséquence ?
Il leur faudra orchestrer les mystères, en fabriquer, placer des clefs accessibles au grand nombre, réveiller et même recréer des légendes... Sur la magnifique petite plage d’ Anakena un hôtel a été prévu, en forme de moai… Projet rejeté heureusement, mais pour combien de temps ?
Pour l’instant il y a deux ou trois cabanes de locaux qui font des grillades de thon sublimes et vendent des boissons fraîches. On s’installe ou on peut sur des tables. Même pas obligé de consommer
Le tourisme peut être un atout ou un danger si on perd son âme pour le rapport… Il n’y a pas beaucoup de cultures sur l’île, tout est presque importé. Il est plus facile de sculpter des statues et des plaquettes de bois que de cultiver le sol. Pourquoi choisir la complication si on suit les principes de note sacro sainte économie
J’espère qu’il restera des fous, des marginaux qui préféreront la quiétude et la paix aux joies folles de la possession et du rendement
J’espère que cette île gardera des touristes comme moi, comme ceux que je rencontre ici, des gens qui viennent voir l’âme d’un pays et essayer de retrouver ainsi ce que nous avons un peu perdu a courir après on ne sait même plus quoi.
Il y a des mariages entre étrangers et natives de Rapa Nui. Le plus, ce sont des français, une trentaine, une dizaine d’allemands et quelques espagnols...
lundi 16 janvier 2006
Ce matin nous avons une marche à faire, de 6h sur une partie de l’île où il n’y a pas de piste. Accessible a pied ou a cheval.
Je pars avec Carmen qui s’avère une bonne marcheuse. Nous avançons dans une zone où s’aventurent de rares touristes et il n’y a que des sentiers faits par les chevaux ou les vaches. On marche entre la multitude de cailloux et mieux vaut avoir de bonnes chaussures.
Nous marchons un peu au bord de la falaise qui oscille entre 5 et trente mètres, toujours avec ces rochers noirs sans possibilité de descendre ou de trouver un endroit pour toucher l’eau. Nous apercevons juste un instant 2 sternes et c’est curieux de ne rencontrer aucun oiseau ou presque
Dans les 6 heures de marche nous n’aurons rencontré que ces 2 sternes, un ou deux moineaux, cinq ou six poules et un coq... Des vaches, et des chevaux et même une carcasse de cheval mort, on ne voyait plus que les os tout blancs sous la peau séchée.
Pas de bateaux sur la mer, ils sont très très rares ici à part la dizaine de barques de pécheurs qui vaquent dans d’autres coins
Il y a un calme plus présent qu’ailleurs car on sait qu’on est très loin de tout, partout a l’horizon, on sait qu’il n’y a rien avant des milliers de km. Ca ajoute au charme de l’endroit.
J’avais entendu parler d’un îlot perdu au milieu de l’océan, battu par les vents et plutôt frais… Ce n’est pas le cas en janvier, en été. Le soleil grille tout heureusement que de nombreux nuages le mettent parfois un peu en veilleuse. On voit passer des averses sur la mer et sur la plaine loin devant, mais rien sur nous.
A mi chemin, nous trouvons comme une oasis, une baraque dans les cailloux tout près de la mer avec un tas de vaches et de chevaux qui tournent autour d’un air tranquille mais un peu impatient. Les vaches meuglent en nous voyant comme si elles n’attendaient que nous
Personne dans les parages, ce n’est pas abandonné mais personne de présent...
Ici, on ne peut venir qu’a pied (3h) ou à cheval.
Il fait très chaud, le soleil est pile en haut et notre ombre est très courte, juste à nos pied…
Même dans cet endroit désolé on trouve des ahu et bien sur des Moai renversés qui ont l’air bien plus vieux, plus érodés que ceux d’ailleurs. La, ça fait une sacrée trotte a partir de la carrière et il faut monter des cotes pour arriver jusque là... Même pare la mer, il faudrait escalader les falaises…
Pas facile d’imaginer le travail et la motivation de ces gens.
Enfin, nous voyons la plage (celle des deux qui est en sable blanc) qui marque la fin de la marche.
Boire une boisson fraîche et se jeter dans la mer tiède, après une longue marche, je n’ai pas à raconter …..
On est lundi il y a en tout une quinzaine de personne sur la plage
Il va y avoir un peu plus de monde à 17h heure ou le soleil est encore vif mais moins agressif. Il fera nuit à 21h30….
Ce soir il y a deux nouveaux arrivés aux bungalow, j’espère un qui parle français… raté, un couple fait d’un allemand (qui ne parle qu’allemand) et sa femme une danoise qui parle allemand et danois.
C’est pas si mal j’ai déjà compris ça... Il faudra que je me mette a l’anglais car en fait tout ce beau monde le baragouine plus ou moins et moi je comprend un petit peu (mieux que l’espagnol ça c’est sur)
J’ai rencontré des français sur la plage, je ne me suis pas fait reconnaître. Ils ne parlaient que de crème protectrice et des différents coups de soleil qu’ils avaient pris dans leur vie… Ca aurait été des croates, j’aurai imaginé qu’ils dissertaient sur l’histoire de l’île
En fait ce n’est pas si mal parfois de ne pas comprendre les mots, on peut rester dans le mystère.
Je fais une cure de monologue intérieur mais même sans parler, je sens la sympathie qui se dégage des natifs d’ici. L’isolement de leur île, ils le connaissent et n’en souffrent pas. Au contraire, on sent que ça fait partie de leur culture
On roule a 40 a l’heure dans les lignes droites bien goudronnées… Si quelqu’un s’arrête, sans clignotant ni décalage, on reste derrière et on attend…
Quand on voit des fruits on s’arrête et on en cueille, même si c’est dans un jardin, c’est a l’arbre le fruit... et si on a soif…
Jérôme mon pilote du premier jour me dit qu’il y a souvent des gens qui rentrent dans son jardin et prennent un légume ou un fruit.
En rentrant de ballade Vicky (mon hôtesse) s’est arrêtée et a été chercher des goyaves, une pleine poignée… c’est bon aussi ce truc, un peu acide et désaltérant.
Mardi 17 janvier 2006
Ce matin, je dois aller retrouver Jérôme pour aller à la pêche. Ici la pêche est un moyen d’aller faire son marché. La mer regorge de poissons tous meilleurs les uns que les autres et on ne pêche que ce qu’on mange dans la journée. Si l a pêche est trop bonne on appelle la famille mais on ne garde pas pour le lendemain, c’est paraît il nettement moins bon
Le coin de pêche est un genre niche dans la lave, 5 mètres au dessus de l’eau. Pas de canne a pêche, juste un bout de fil, un hameçon et un plomb pour lester le tout.
On appâte avec du pain et pour pêcher, une cuisse de poulet frais. On arrache ou découpe un bout de chair qu’on accroche à l’hameçon et on lance le tout, le plus loin possible ou là où l’on voit des poissons
On les voit, les poissons, des petits qui grouillent autour du pain et de plus gros qui tournent autour de tout ça.
Pas de bouchon, pas de canne, pas de moulinet tout est dans la sensibilité des doigts qui tiennent le fil, de sentir les vibrations. J’arrive quand même à en attraper deux et on me rappelle que celui qui pèche un poisson sur l’île de Pâques saura toujours se nourrir.
J’en ai sorti deux alors que la pêcheuse d’a coté en a sorti dix ou quinze, mais je suis content, je ne suis pas bredouille
Ils tuent le poisson d’un coup de dent, ils croquent le dessus de la tête pour ne pas qu’il se débatte. Je fais pareil et c’est vrai que c’est efficace, ça ne bouge plus après
Certains sont des poissons longs comme des anguilles mais il faut les rejeter car pas très bons. Ils leur donnent un nom bizarre mais pour moi, ce sont des orphies. Je n’en avais jamais vu de si grosses.
Nous avons tout le loisir de discuter, Jérôme parle évidemment le français et sa femme aussi. Ils ont deux petites filles charmantes et leur grande mère vient nous rejoindre pour le dîner (et la préparation)
C’est vrai que ce poisson est délicieux et je mange les deux miens sans rien devoir à personne. Les petites filles ne laissent rien, même pas l’intérieur de la tête et elles raffolent des yeux qui sont pour elles des friandises. Jérôme m’explique qu’ils mangent même les tripes. Ils les lavent et les cuisent a part, c’est un mets de choix. Les enfants apprennent a pêcher et aimer le poisson des leur plus jeune âge. C’est un endroit ou la mer est la moins polluée de la planète… l’avantage d’être loin de tout.
On me raconte aussi les pêches à la torche qui se fait de nuit, dans certains rochers du bout de l’île. Des torches faites avec des bois et des tissus qui brûlent et qui attirent à la marée haute les langoustes et les gambas ...
Certains visiteurs m’avaient parlé (sur le net) que 4 jours sur l’île c’était bien pour voir, après ce serait long… J’ai l’impression qu’il faudrait des mois pour sentir l’île
Depuis plusieurs dizaines d’années une fête annuelle (en février) tient en haleine tous les pascuans, j’ai déjà assisté a des préparatifs mais on me répète qu’il faut absolument les voir ces fêtes qui, comme le carnaval de Nice ou de Rio se préparent d’une année sur l’autre.
Les gens ici sont très attachés à leur île et a la manière d’y vivre. De loin, on ne pense qu à l’histoire, ses légendes et ses Moai, mais pour eux c’est une affaire de touriste. L’histoire fait partie de leur présent, les vestiges du passé qui nous étonnent, ils les voient depuis toujours. Ils sont très près de la nature, ils ressentent la nature.
Il y a une prison à Rapanui mais a priori, c’est juste pour coucher, un des pêcheurs venus nous rejoindre est un prisonnier. On appelle la prison l’université…
L’île fait partie du Chili mais elle garde sa spécificité pour beaucoup de choses. Un genre de conseil des anciens q beaucoup d’influence pour les décisions qui touchent a la manière de vivre des habitants
Nous discutons jusqu'à très tard, en buvant une bouteille de champagne chilien. Là, c’est pas mauvais, mais ça n’a pas grand chose avoir avec le champagne de Reims. On ne peut pas tout avoir.
mercredi 18 janvier 2006
Dernier jour a Pâques. Ca me semble bien trop court, j’aimerai rester ici bien plus longtemps, il me reste des choses à sentir et à découvrir. L’âme de l’île est vraiment présente, partout, c’est comme quelqu’un de vivant.
Je refais un tour de l’île, pour regarder encore. C’est fascinant ces grosses vagues bleues et turquoise qui se brisent sur ces rochers noirs. Et puis, cette solitude, de grands espaces avec personne…. On rencontre bien sûr des touristes sur les sites mais en fait c’est plutôt rare. Un bus, un 4x4 de tempes en temps… Pas de problème de cohabitation.
On rencontre partout ces ahu, socle en pierre sur lequel sont posés les moai, il y en a des centaines et tous avec leurs moai renversés, cassés, usés par l’érosion du temps pour certains. Seuls ceux qui ont été restaurés sont debout. On en découvre par hasard, en plein champ, sans marque ni repère… de loin on ne voit qu’un tas de pierres… Je me demande d’ailleurs si il y a vraiment ici des tas de pierres qui ne soient pas des ahu ...
Je vais regarder dans un genre de marché, des pascuans vendent des souvenirs... des bouts de lave sculptés en Moai, ou du bois aussi. Je ne suis pas très attiré par les « souvenirs », les miens sont dans ma tête et ont la particularité de s’enjoliver avec le temps qui passe. Mais j’en prends un ou deux, pour ramener un peu de la matière de l’île.
Jérôme m’a trouvé une plaquette en bois gravé de leur écriture. Des sculpteurs font des copies d’après les photos d’originaux, les signes gravés sont fidèles à l’original
Je vais faire un tour au musée où on trouve quelques objets en vitrine, des outils en os, en obsidienne, en bois et un œil de Moai, en corail blanc et une pierre noire au milieu. On ne peut pas prendre de photo mais ils vendent un petit livre qui reprend tout ce qui est affiché.
En fait on ne sait pas grand chose de l’histoire de l’île. Toute la mémoire a été perdue lors des razzias d’esclaves par les péruviens au 19e siècle.
On ne sait pas vraiment comment ils transportaient les Moai, juste des théories personnelles de chercheurs, mais aucune preuve, juste des suppositions, des recherches de solution.
Certains visiteurs viennent ici avec des idées étranges, des explications étranges, des questions étranges.
Les japonais sont passionnés par les moai et sont assez nombreux à venir ici. Un visiteur européen a expliqué aux guide que les moai, tous masculin étaient enterrés parce qu’ainsi ils fécondaient la terre c’était pour lui une évidence.
En fait il y a de rares moai féminins (un est au musée) et les moai ne sont enterrés qu’a la carrière où ils sont extraits. On pense qu’ils sont enterres accidentellement par l’érosion qui a rempli le trou fait pour les mettre debout. Mais qui sait, il a peut être raison le visiteur…
La question de l’origine polynésienne ou américaine est un sujet d’affrontement entre visiteurs, beaucoup de ceux qui discutent de ces choses ont des avis tranchés. Jérôme ne prend pas parti quand il tombe sur un convaincu, il reste dans le vague.
Il fait très chaud, ça va monter jusqu'à mi février (notre mois d’août a nous). L’hiver, ça ne descend pas en dessous de 14° mais il pleut plus souvent.
Je pars demain, je quitte a regret cette île lointaine et je pense que je reviendrai, mais plus longtemps. J’aimerai l avoir en hiver quand il y a de grands vents, j’aimerai la voir quand elle est en fête (début février)
Ce voyage dont je rêvais depuis tout gamin se termine. Il m’a apporté bien plus que je n’attendais. Ce côté magique m’est peut être personnel mais je pense que de se savoir si loin de tout, si … inaccessible, si protégé peut être y est pour beaucoup.
Le monde peut tousser, on ne l’entendra pas d’ici.